mercredi 23 octobre 2013

Ulysse from Bagdad, Schmitt jusqu'au bout de la plume !

de Eric-Emmanuel Schmitt

"Je m'appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste".

Un incipit réussi selon moi, qui donne parfaitement le ton de cet ouvrage poétique où le malheur des uns ne tarde jamais à rattraper l'espoir des autres. Intelligent et rusé, Saad Saad l'irakien est un Ulysse des temps modernes à la recherche d'une terre d'accueil. Il traversera les mers et les frontières, échappera aux griffes d'ennemis redoutables, livrera bataille au Cyclope et résistera aux chants des sirènes. Ce clandestin, fuyant le régime dictatorial de Saddam Hussein, Eric-Emmanuel Schmitt en a fait son héros, à travers une odyssée tendre et surprenante, ponctuée toutefois de terribles malheurs.
 


Je n'en dirais pas plus sur le synopsis car je risquerais de spoiler les premiers rebondissements de cette longue aventure. Depuis ma rencontre avec Oscar et la Dame rose il y a dix ans, j'ai souvent eu envie de relire du Eric-Emmanuel Schmitt. Pour sa plume surtout, superbe, à la Khadra. Cette fois encore, je n'ai pas été déçue ! Dès les premières pages, j'ai su qu'Ulysse from Bagdad serait le genre de bouquin au cours duquel je m'arrêterais mille fois pour savourer à voix haute la mélodie des phrases.

Et au jeu de l'emphase, le père de Saad Saad se pose en maître ! "Il préférait fréquenter la langue en altitude [...]. Par conséquent, il appelait son père "l'auteur de mes jours", son épouse notre mère "ma fontaine de fertilité" et ses rejetons "la chair de ma chair, le sang de mon sang, la sueur des étoiles". Il accompagnera son fils  avec humour, sagesse et poésie tout au long de sa route vers l'occident et apportera parfois un peu de légèreté et de tendresse à une réalité froide et implacable. Il sera également la voix modérée de l'auteur, celui qui nous rappelle ô combien la frontière est mince entre le bien et le mal, le juste et l'injuste, les gentils et les méchants. Heureusement d'ailleurs qu'il est là, le paternel, sans qui j'aurais peut-être trouvé Eric-Emmanuel Schmitt un peu trop sévère à l'égard des peuples d'occident. C'est qu'il n'y va pas toujours avec le dos de la cuillère Eric-Emmanuel Schmitt lorsqu'il parle de l'Europe !

Néanmoins, et c'est ce que je retiendrai de cet ouvrage, l'auteur sait faire la part des choses et nous donne un aperçu de ce qu'est la terrible réalité de ces peuples réfugiés, qui vivent de jour comme de nuit la peur au ventre, ici ou ailleurs. Maltraités par leur terre natale, souvent rejetés par leur terre d'accueil, ces hommes et ces femmes se retrouvent contraints de vivre sans patrie, presque sans racines. Cette situation quasi schizophrénique, ils la subissent, tout comme notre héros qui se demande toujours qui de Saad Saad l'Espoir ou de Saad Saad le Triste finira par l'emporter...

A DECOUVRIR AUSSI :
*** Ce que le jour doit à la nuit, de Yasmina Khadra
*** La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett

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